mardi 14 juillet 2015

Quand la mémoire prend le large

Coucher de soleil sur la mer enfermé dans une valise

Le mot "souvenir" est issu du verbe latin subvenire qui signifie "venir à l'esprit" (de sub "sous" et venire, "venir"). Cette étymologie suggère que lorsqu'un souvenir nous vient à l'esprit, il remonte depuis les profondeurs du passé, cet abysse insondable situé "sous" notre conscience, pour venir flotter à la surface.

L'image est poétique, mais est-elle exacte ?

Que savons-nous de la mémoire avec certitude ?

Où sont emmagasinés ces souvenirs ?

D'ailleurs, que savons-nous de l'esprit ?

Si vous consultez Wikipédia à la rubrique Neurosciences vous lirez ceci :
Questionnements actuels

Bien qu'ayant réalisé de grandes avancées ces dernières décennies, la recherche en neurosciences a encore de grandes interrogations devant elles.

Son plus grand défi reste et restera de lier la biologie (les neurones) à la psychologie (la conscience, l'esprit, l'intelligence, etc.)

Voici quelques exemples de questionnements actuels sur lesquels planchent certains neuroscientifiques :

Où est stockée l'information (la mémoire), au niveau des neurones ou ailleurs ?

Les neurones pourraient-ils ne servir que de relais ?
Vous pouvez aussi vous référer à d'autres encyclopédies comme Universalis, d'une complexité peu abordable pour le commun des lecteurs, mais vous ne serez pas plus fixé.

En réalité, aucune science n'a pu faire le lien entre les parties spécifiques d'un organisme humain et l'activité mentale ou émotionnelle qui l'habite. Vous trouverez même des psychiatres et des psychologues pour avouer, en toute honnêteté, qu'ils ne savent pas vraiment d'où viennent les troubles mentaux ni en quoi ils consistent.

Afin de tester l'étrangeté de cette activité appelée mémoire, faites ce petit exercice :

Rappelez-vous une scène agréable.

Où la visualisez-vous ?
  1. À "l'intérieur de vous" ? Certaines personnes ressentent cet espace comme l'intérieur du corps, d'autres comme quelque chose de plus subtil, tel que "l'intérieur de leur conscience".
  2. Dans votre tête ? Un espace réduit qui implique une miniaturisation des scènes rappelées.
  3. Au même endroit que lorsque vous y assistiez, devant vous ou tout autour ? Par exemple, si vous avez vu une personne venir vers vous depuis un endroit éloigné, disons en face, vous la visualisez maintenant à cette distance.
  4. Vous ne savez pas trop où. Lorsque vous revoyez la scène, c'est un peu comme si l'environnement présent s'estompait au profit de l'endroit où la scène s'était produite, comme un fondu enchaîné.
Tout le monde ne se rappelle pas les évènements de la même façon. Suivant les individus, on trouve ces différents types de rappel 1, 2, 3 ou 4.

On peut aussi entraîner une personne opérant avec l'un de ces modes de souvenir jusqu'à ce qu'elle soit capable d'en utiliser un autre, ce qui améliore son rappel et lui procure un meilleur contrôle de ses pensées.

Maintenant, au vu de ce qui se précède, une question se pose : si le cerveau ou les cellules du corps sont le siège de la pensée, et par-là même, de la mémoire… comment se fait-il qu'on puisse les visualiser à distance, tout comme les objets concrets de l'environnement ?

Quand vous n'avez rien à faire, dans les transports ou autre, amusez-vous à placer vos souvenirs ou pensées dans les différentes localisations citées précédemment.

Vous remarquerez que plus vous placez ces souvenirs dans un large espace, plus ils perdent leur densité.

Quel intérêt ?

La densité des souvenirs est proportionnelle à leur surcharge mémorielle. Tout comme pour la matière, la densité est synonyme de condensation, concentration, solidité, lourdeur.

Des gens vous diront qu'à force de trop se concentrer, ils attrapent des migraines. Bien souvent, leur concentration se situe au niveau de la tête, ce qui n'est nullement une obligation, mais plutôt une mauvaise habitude.

Imaginez un coucher de soleil devant vous. Placez-le aussi loin que vous pouvez, sur la plus grande largeur possible.

Maintenant, attirez cette image vers vous et revoyez-la "dans votre tête".

Vous remarquez la différence ?

Le manque d'espace mémoriel engendre une solidité qui nuit à la clarté du rappel, et de façon plus générale, au processus de pensée.

De façon paradoxale, une bonne mémoire est légère, fluide, vaporeuse. Ce qui s'accompagne d'un flux de pensée plus rapide.

1 commentaire:

  1. Pour ceux qui croient que le cerveau est obligatoirement le siège de la pensée et de la mémoire, je leur suggère d'effectuer une recherche Internet sur le sujet.

    Voici l'extrait d'un article édifiant : Peut-on vivre sans cerveau ?

    "En 1980, le neurologue John Lorber de l'Université de Sheffield, Yorkshire, décrit le cas d'un de ses patients, venu consulter pour un trouble mineur. Le patient était un jeune doctorant en mathématiques, élève brillant et sympathique. Il lui avait été adressé par un collègue préoccupé par la taille de sa tête, un peu plus grosse que la normale. L'examen CAT-Scan révéla que le jeune homme était pour ainsi dire dépourvu de cerveau, son encéphale étant réduit à une pellicule de moins d'un millimètre de tissu cérébral recouvrant le sommet de sa moelle épinière. Depuis sa naissance, cet étudiant souffrait d'hydrocéphalie (rétention de liquide cérébro-spinal dans la cavité crânienne), ce qui avait affecté le développement de son cerveau, mais pas de son intelligence. Il mena d'ailleurs une vie tout à fait normale et continua d'accumuler les honneurs en mathématiques.

    Ce cas étonnant est loin d'être isolé : le professeur Lorber répertoria au cours de sa carrière plusieurs centaines de cas de personnes ayant des hémisphères cérébraux quasi inexistants, mais qui se comportaient comme des individus intelligents et normaux. Certains d'entre eux, qu'il décrit comme n'ayant « aucun cerveau discernable », obtenaient néanmoins des résultats allant jusqu'à 130 aux tests ordinaires de Q.I."

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