samedi 26 mars 2016

Biocentrisme

La page française de Wikipédia sur le biocentrisme est incomplète. J'ai donc traduit la page anglaise de l'article biocentric universe [univers biocentrique].


Univers biocentrique


L'univers biocentrique (du grec bios, "vie"), aussi connu sous le nom de biocentrisme, est un concept proposé en 2007 par le docteur en médecine Robert Lanza.

Qui est Robert Lanza ?

Né le 11 février 1956, cet éminent scientifique américain dirige Astellas Global Regenerative Medecine [Centre mondial Astellas de médecine régénérative] et il est le chef de département scientifique d'Ocata Therapeutics [société de biotechnologie cellulaire avancée]. Il est aussi professeur auxiliaire de l'Institut de médecine régénérative à l'Université de Wake Forest.

Selon ce chercheur, la biologie serait le pivot scientifique de notre univers et fournirait une compréhension des autres disciplines qu'elles relieraient entre elles, ce qui permettrait d'expliquer la biologie plus en profondeur. Le biocentrisme postule que la vie et la biologie sont le fondement de l'être [ce qui est], de la réalité et du cosmos. La conscience crée l'univers, pas l'inverse. Cela signifie que les théories actuelles du monde physique ne fonctionnent pas, et ne pourront jamais fonctionner, à moins qu'elles prennent en compte la vie et la conscience. Tandis que la physique est fondamentale pour étudier l'univers et la chimie essentielle à l'étude de la vie, le biocentrisme affirme que les scientifiques auront besoin de placer la biologie avant les autres sciences pour produire une théorie du tout.


Hypothèse


Robert Lanza proposa le biocentrisme pour la première fois en 2007, dans un article qui parut dans le magazine littéraire The American Scholar [L'Érudit américain]. Il y démontrait de quelle façon la biologie reposait sur la physique quantique.

Deux ans plus tard, il publia un livre en collaboration avec l'astronome Bob Berman : Biocentrism: How Life and Consciousness Are the Keys to Understanding the True Nature of the Universe [Biocentrisme : comment la vie et la conscience sont les clefs pour comprendre la vraie nature de l'univers]. Cet ouvrage développait les idées que Lanza avait écrites dans son essai pour le magazine The American Scholar.

Le biocentrisme considère que la primauté de la conscience se retrouve dans les œuvres de Descartes, Kant, Leibniz, Berkeley, Schopenhauer et Bergson. Les travaux de ces auteurs étayent l'affirmation selon laquelle ce que nous appelons l'espace et le temps sont des formes de perceptions sensorielles, plutôt que des objets physiques réels. Lanza affirme que le biocentrisme offre une compréhension de plusieurs énigmes majeures de la science, notamment le principe d'incertitude d'Heisenberg, l'expérience de la double fente de Young et l'ajustement fin des forces, ces constantes et lois qui façonnent l'univers tel que nous le percevons.

Si l'on se réfère à Lanza et Bob Berman : "le biocentrisme offre une façon prometteuse de réunir toutes les sciences physiques, ce que les scientifiques ont essayé de faire depuis les tentatives infructueuses d'Einstein sur la théorie des champs unifiés, il y a huit décades."

Sept principes constituent le cœur du biocentrisme :

1. Ce que nous observons dépend de l'observateur et ce que nous percevons comme la réalité est "un processus qui implique notre conscience".

2. Nos perceptions externes et internes sont étroitement imbriquées.

3. Le comportement des particules "est inextricablement lié à la présence d'un observateur".

4. La conscience doit nécessairement exister, car sans elle, "la matière reste dans un état indéterminé de probabilités".

5. Les lois, forces et constantes de l'univers apparaissent comme étant "finement ajustées" à la vie.

6. L'espace et le temps ne sont pas des objets ni des choses, mais plutôt des outils de notre compréhension "animale".

7. Nous transportons l'espace et le temps autour de nous "comme des tortues leur carapace".

Lanza a exprimé son intention de publier les aspects du biocentrisme dans des journaux scientifiques consultés par des confrères.

Synopsis du livre de Lanza Biocentrism [Le biocentrisme]


Selon le livre de Lanza, le biocentrisme suggère que la vie n'est pas un sous-produit accidentel de la physique, mais qu'elle est plutôt un élément clef essentiel à notre compréhension de l'univers. Le biocentrisme affirme qu'il n'y a aucun univers indépendant sans une existence biologique. Une des preuves avancées est qu'il y a plus de 200 paramètres physiques dans l'univers qui sont si exacts qu'ils ont forcément été ajustés pour permettre l'existence de la vie et de la conscience, plutôt que d'être le fruit du hasard. Le biocentrisme affirme que l'introduction de l'observateur dans l'équation ouvre de nouvelles approches débouchant sur davantage de connaissances et une meilleure compréhension des phénomènes. Par ce biais, le biocentrisme se veut un moyen d'unifier les lois de l'univers.


Accueil par la communauté scientifique


L'accueil fait au biocentrisme a été mitigé.

Le physicien et prix Nobel E. Donnall Thomas disait du biocentrisme : "Tout propos concis ne saurait rendre justice à un travail aussi érudit. L'œuvre est une étude spécialisée de la science et de la philosophie qui donne à la biologie un rôle central afin d'unifier l'ensemble."

Cependant, certains physiciens ont fait remarquer que le biocentrisme n'établissait actuellement aucune prévision susceptible d'être testée.

Lawrence Krauss, physicien de l'Université d'État d'Arizona a dit : "Cela représente peut-être une philosophie intéressante, mais à première vue, on n'a pas le sentiment que cela changera quoi que ce soit à la science."

Daniel Dennett a dit qu'il ne croyait pas que cette idée souscrivait aux critères d'une théorie philosophique.

Dans USA Today Online, le physicien anglais et docteur en philosophie David Lindley affirmait que le concept de Lanza était "une métaphore vague, mal articulée", et d'ajouter : "Je ne vois pas comment le fait d'adopter son point de vue pourrait conduire à une quelconque compréhension scientifique ou philosophique. Je répondrais ceci à Lanza : Tout ça est bien joli, mais ensuite ? Je vois aussi des problèmes avec sa conception de la physique."

Stephen P. Smith, auteur d'ouvrages scientifiques, a effectué une critique du livre, affirmant que Lanza décrit en fait une forme d'idéalisme. Smith trouvait que l'affirmation de Lanza selon laquelle le temps est une illusion est sans fondement puisque le temps n'a jamais été pleinement compris. Il conclut que : "Bien qu'il manque d'une rigueur scientifique et philosophique, Lanza a un style familier qui est typique des bons livres populaires, et son ouvrage peut être compris par les profanes."

L'écrivain et médecin endocrinologue Deepak Chopra affirmait que "Les idées de Lanza concernant la nature de la conscience [sont] originales et enthousiasmantes" et que sa "théorie du biocentrisme est cohérente avec les plus anciennes traditions de sagesse du monde, lesquelles affirment que la conscience conçoit, gouverne et devient le monde physique. Elle est la base de notre Être où prend naissance la réalité aussi bien subjective qu'objective."

Jacquelynn Bass, Directrice du musée d'art de Berkeley, à l'université de Californie, auteure de Smile of the Buddha [Le sourire du Bouddha], a écrit que le défi des temps modernes est de déterminer si "toutes les questions peuvent être répondues au moyen de méthodes scientifiques utilisant l'observation et la mesure objective". D'après elle, le livre de Lanza "Biocentrisme" remet en question cette perspective.

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