vendredi 26 mai 2017

La magie du rire

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Le rire est l’outil clef et l’objectif majeur du memory coaching.

Sur mon blog consacré à la littérature, Le phare du vague à l’âme, il y a une tendance à la pitrerie. Certains billets s’apparentent plus à des sketches comiques que des articles de fond. Nous ne sommes pas tous sensibles au même type d’humour, mais l’effort de faire rire ou sourire est une constante de mes activités. Au risque de ne pas paraître professionnel, puisque “pas sérieux”. Être ou paraître, telle est la question.

Mon blog d’écrivain utilise le rire pour réaliser un travail de coach, comme ce blog de coach Il était une fois… vous tend vers la littérature.

Mes romans et nouvelles, même les histoires dramatiques, reflètent ce parti pris pour le rire. La nouvelle Le chemin du retour est centrée sur ce thème.
Un rire, c’est un torrent de montagne qui rebondit sur les pierres et finit en cascade enrobée d’arc-en-ciel, c’est une musique qu’on attend, sans même le savoir, et qui nous prend par surprise quand elle résonne enfin. Un rire, ça vous nettoie un visage encore mieux que les larmes.

Et si le rire est trop grand pour votre bouche, pincée comme elle est par trop de souffrance, allez-y peu à peu, commencez par sourire…

Un sourire, c’est un croissant de lune qui force les nuages à s’écarter pour lui faire une haie d’honneur. C’est une aube qui se lève dans un regard trop sombre.
Pourtant, je me souviens d’une amie qui a pleuré en lisant ce texte. Les pleurs, tout comme le rire, peuvent être un outil pour évacuer de la souffrance et regagner de la vitalité émotionnelle, à condition qu’ils débouchent sur du rire. Dans cette optique, je termine mes séances de coaching sur un rire, un large sourire ou un regain d’émotion positive notable.

Pourquoi le rire ?

Le rire, émotion positive par excellence, est le plus naturel des remèdes. L’inverse est aussi vrai. Les mauvaises nouvelles ont un impact destructif sur la santé. On a vu des personnes vieillir de dix ans, après l’annonce d’une nouvelle catastrophique. Les informations véhiculées par les médias sont un poison distillé goutte à goutte, jour après jour. Même si on ne s’en rend pas compte sur le moment, puisque la dégradation mentale, puis corporelle, tout comme la guérison, s’accomplissent selon un processus insidieux.

Illustrant cette idée, ce passage du roman d’Henri Vincenot, La Billebaude, est d’autant plus significatif que l’auteur a été journaliste :
Mais il avait voulu, lui aussi, coiffer le casque écouteur et entendre la bonne parole “radiodiffusée”, et en quelques instants, il avait appris tant de catastrophes et de menaçantes foutaises, qu’il avait piqué une colère noire. D’un seul coup, il avait été informé du krach de Wall Street., de plusieurs crimes odieux, de la chute du ministère, et enfin de l’arrivée de la Crise, la Grande Crise1, et il s’était mis à manger moins, à ne plus pouvoir s’endormir avant neuf heures du soir, à rabrouer son monde. On n’entendait plus son rire en hahaha ! Les femmes elles-mêmes n’osaient plus chanter cantique. Bref, la famille sombra, en quelques jours, dans la plus noire des hypocondries, écrasée par la plus maligne des maladies épidémiques :
L’INFORMATION !
Le grand-père le comprit le premier. Un jour que le bavard du micro rendait compte de l’effondrement des cours, de “l’effroyable montée du chômage”, des grèves et des premières occupations d’usines, je le vis se congestionner comme un coq-dinde amoureux, arracher les écouteurs, en faire, avec le fil de prise de terre, un paquet qu’il envoya directement dans les cendres de la cheminée en criant :

– … Mais qu’est-ce que j’en ai à faire de vos goguenettes2 et de vos parigoteries ?… Vous voyez pas que je vais en perdre salive avec leurs racontars ?… Vous voyez pas que ce sacré vains dieux d’appareil va me ruiner l’appétit et me gâcher mon bon temps ?… Allez, allez, gamin ! va me jeter ça sur le fumier !

Puis, se reprenant :

– … Non, pas sur le fumier. Ça serait encore capable de faire avorter mes salades !… Va mettre ça où tu voudras, mais ne ramène jamais cette espèce d’encolpion3dans notre maison !

Mon grand-père venait, sans peut-être s’en rendre compte, de prolonger sa vie de vingt ans et sans doute davantage. Et il reprit bien vite ses allées et venues et son air magnifique.
1. Crise de 1930-1935.
2. allusion à goguenot, cabinet d'aisances.
3. encolpion ou engolpion, médaillon rituel des popes orthodoxes. Ici, ironique, dans la bouche du grand-père catholique, avec une connotation d'hérésie. Breloque, babiole.
La Billebaude, par Henri Vincenot, aux Éditions Gallimard (Folio).


Le rire, expression de gaieté ou de soulagement, a des ennemis : colère, haine, rancune, sarcasme, anxiété, peur, tristesse, désespoir, abattement, toute la panoplie des émotions négatives, reflets d’une souffrance mentale ou physique, parfois les deux.

Par un étrange paradoxe, le rire se produit lors de la libération de son opposé : la douleur. Les clowns d’autrefois centraient leurs sketches sur des gags comme les gifles, les moqueries ou les coups de pied au derrière. S’adressant à un public jeune, ils ciblaient ce qui constituait les “points sensibles” des enfants recevant une éducation primitive : punitions corporelles, vexations ou propos dévalorisants. De même, les batailles de tarte à la crème du cinéma muet étaient l’expression de la perte de dignité et du ridicule, associée à un impact soudain, représentatif d’une douleur physique comme un coup, une chute, une blessure.

Le rire, soupape de sûreté pour la douleur mentale ou physique, provoque une sécrétion immédiate d’endorphine, cet antidouleur naturel.

Les humoristes utilisent ce principe dans leurs sketches : sujets politiques, sociaux ou relationnels sensibles, pénibles, voire dramatiques. Des zones de douleur émotionnelle.

Ces douleurs émotionnelles, du stress mineur au profond bouleversement, en passant par le stress intense ou la déprime, sont l’expression de l’énergie vitale, après qu’elle a subi des agressions ou des menaces d’agression. Perdre une personne ou une chose à laquelle on tient est une agression contre la possession. Nous nous possédons les uns les autres, à des degrés divers : ma copine, mon copain, mon patron, mon travail, ma femme, mon mari, mon conjoint, ma voiture qu’on vient de m’enlever pour la mettre à la fourrière, mon appartement, ma maison, mon fils, ma fille, ma famille, etc. Mon, ma, mes, ton, ta, tes, son, sa, ses, etc. Ces mots sont des adjectifs possessifs.

Des reproches, justifiés ou non, sont une agression contre un bien précieux, SA confiance en soi. Les personnes qui en possèdent peu tendent à combattre et rejeter toute critique ou remise en question. Si elles ont fait l’objet dans le passé d’accusations ou critiques injustes, cela ne fait que les enfoncer dans cette attitude “protectionniste”.

Posséder est vital au bien-être et à l’équilibre d’une personne. Déposséder un enfant de ses objets personnels, prêter ses jouets ou ses vêtements contre son gré, le met dans tous ses états, et à juste titre. Enfant ou adulte, les agressions contre les possessions font chuter la vitalité émotionnelle.

Mourir, la perte de sa possession la plus intime, son corps, accompagne l’effondrement le plus total de la vitalité émotionnelle. Une personne sur le point de mourir s’apprête à perdre sa famille, ses amis, sa maison, ses objets personnels, son pays… tout ce qu’elle possède.

Il y aurait beaucoup à dire sur ce sujet de la relation entre possession et vitalité émotionnelle.

Colère, haine, rancune, sarcasme, anxiété, peur, tristesse, désespoir, abattement, etc. sont des sentiments courants, mais qui possèdent des nuances, comme les variations d’une note fondamentale en musique : antagonisme, agacement, souffrance, rage, mépris, indifférence dédaigneuse, sournoiserie, inquiétude, terreur, servilité, honte, etc. On pourrait dire que l’irritation, c’est de la colère bémol (un demi-ton plus bas). De même que le rire est un sourire dièse (un demi-ton plus haut).

Comme en musique, tout est vibration, dans cet univers tissé d'ondes énergétiques. La vitesse de ces vibrations (fréquence ou nombre de pulsations par seconde) et leur amplitude (écart entre les pics d'intensité) déterminent la qualité de l'énergie, sa fluidité ou solidité. Les émotions n'échappent pas à cette règle. Et qu'elles soient sonores ou émotionnelles, ces ondes (énergies) peuvent être harmonieuses, ou discordantes. La musique peut adoucir les mœurs ou "taper sur les nerfs". Ce principe est d'ailleurs utilisé en musicothérapie, une méthode en plein essor, tant pour la guérison mentale que physique.

À l’opposé de ces émotions négatives, on trouve le versant ensoleillé de la nature humaine : simple contentement, léger amusement, pleine satisfaction, intérêt, du plus léger au plus profond, jusqu’à la joie de vivre, la franche gaieté, puis l’enthousiasme libérateur ou passionné, l’exultation, la plénitude sereine. Le rire se situe dans cette bande du spectre émotionnel.

Qui sait si des découvertes futures en physique quantique n’établiront pas, mesures d’appareil à l’appui, un spectre du champ vibratoire émotionnel, au même titre que le spectre électromagnétique, avec une longueur d’onde ou fréquence spécifique pour chaque niveau d’énergie émotionnelle.

“Comment ça va aujourd’hui ?

— Oh, plutôt bien, mon émotimètre est resté entre 300 et 320 exaHertz* toute la journée. Et toi ?

— Bah, pas terrible, ma fréquence vibratoire a chuté à 150 exaHertz depuis qu’on m’a retiré trois points à mon permis. J’ai vraiment les boules !”

* (exaHertz = 1018 Hertz = 10 000 000 000 000 000 000 Hertz ou cycles vibratoires par seconde.)

Si l’on fait abstraction des phénomènes physiologiques qu’elle déclenche dans l’organisme, l’émotion est une énergie. Lorsqu’une personne ne dit rien, et même lorsqu’elle tente de dissimuler ses sentiments, un témoin perceptif, doué d’empathie, percevra les “vibrations” bonnes ou mauvaises que cette personne dégage, à distance. Ce qui tend à suggérer que les émotions sont des ondes d’énergie qui s’étendent dans l’espace, au-delà du volume corporel.

Comme je le mentionnais dans le précédent article, la tendance moderne est de bloquer ou d’altérer les émotions négatives en étouffant les processus corporels qui lui sont associés, à l’aide de drogues pharmaceutiques ou récréatives. La mode est à l’anesthésie. Au-delà de l’aspect hasardeux de jouer à l’apprenti chimiste avec ses hormones et son système neurotransmetteur, je discerne trois failles dans cette stratégie  :

1. Ce qui amoindrit les émotions négatives étouffe aussi les émotions positives. La personne y perd peu à peu sa sensibilité émotionnelle, sa vivacité d’esprit, sa faculté d’observation. Autant dire une part de son intelligence et de ses capacités mémorielles.

2. Comme pour toute anesthésie, une fois la “substance anesthésiante” dissipée ou éliminée, la douleur ou l’inconfort mental revient en force. Ce qui oblige à remettre le couvert. C’est comme cela qu’on devient accroc, physiquement ou psychologiquement, à des psychotropes : cocaïne, héroïne, crack, ecstasy, cannabis (souvent coupé de cocaïne et de crack à l’insu du consommateur), alcool, tranquillisants, neuroleptiques, somnifères, etc.

3. On peut contenir les émotions, comme on peut contenir de l’eau avec un barrage… jusqu’à un effet de trop-plein. L’accumulation de problèmes, repoussés mais non résolus, arrivera tôt ou tard à un seuil de débordement. Le barrage cède : effondrement, dépression, submersion ou apathie.

Ces “remèdes” chimiques reposent sur deux principes : stimulant ou inhibant. Excitant ou calmant. Mais dans les deux cas, ils provoquent une altération biochimique visant à “guérir” la personne de ses émotions négatives. Comme si la complexité émotionnelle humaine, ses difficultés relationnelles, sentimentales, professionnelles ou environnementales, et même les troubles psychosomatiques, pouvaient être résolus avec une potion miracle.

Dans le monde d’aujourd’hui, sous ordonnance ou pas, la consommation de substances modificatrices de conscience est plus forte que jamais. Le taux de dépressions et de troubles mentaux aussi. Ce qui suggère qu’au mieux, ces remèdes sont inefficaces, au pire, ils aggravent la condition qu’ils prétendent améliorer.

Le rire, tout comme son équivalent homéopathique, le sourire, ne provoque aucune accoutumance, est sans danger pour la santé. Le rire n’a aucun effet secondaire tel que pertes de mémoire, baisse de la vivacité d’esprit ou autres symptômes indésirables. Le rire ne réduit pas la vigilance des conducteurs au volant, cause majeure de l’insécurité routière. Bien au contraire, le rire réveille, stimule, dynamise.

En tant qu’écrivain ou coach, je m’efforce de jalonner mon travail par des sourires (promesses de rire) ou des rires, ces derniers étant le signe d’une libération émotionnelle. Le rire est souvent l’indicateur que la personne “met le doigt” sur une vérité, ou commence à éliminer des mensonges. Rire, après rire, après rire – libération après libération après libération – elle retrouve l’énergie émotionnelle qui était sienne, quand elle était plus jeune, plus vivante, plus elle-même.

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