dimanche 14 juin 2015

Regarder autour de soi plutôt qu'à l'intérieur

 Un informaticien marche sous une affiche représentant un œil qui l'observe et une touche de clavier "Escape"

En septembre 2017, au cours d'une discussion avec des stagiaires d'EFT qui se rendaient à une conférence d'Eckart Tolle au Grand Rex, j'ai appris que les places, pour cette prestation à guichet fermé depuis mars, se vendaient sur leboncoin et eBay à un prix allant du double au triple.

Je ne connaissais pas cet auteur, mais j'ai pensé que si un philosophe pouvait se produire au Rex avec le succès d'une star de rock, c'était un signe des temps.

Peu après, j'ai vu que Le pouvoir du moment présent était Numéro 2 sur la liste des 10 best-sellers de la Fnac. Curieux, j'ai feuilleté l'ouvrage bien en vue sur les étagères promotionnelles du magasin, près de l'escalator.

Sur Amazon, à l'heure où je corrige cet article (17 décembre 2017), Le pouvoir du moment présent bénéficie de 680 commentaires, avec une note moyenne de 4,5 sur 5 étoiles. Harry Potter à l'école des sorciers affiche une note équivalente, mais seulement 350 commentaires.

Une chose est sûre, le sujet ne laisse pas indifférent.

L'expression "vivre au temps présent" peut être source de confusion, car elle signifie deux choses différentes :

A. Profiter de l'instant présent (carpe diem, "cueille le jour") sans se soucier du passé ni du futur, qu'il s'agisse de problèmes non résolus ou des conséquences de ses actes.

B. Percevoir l'environnement présent, avec toute son attention sur les choses et les êtres autour de soi, en un exercice continuel de concentration.

Il vaut mieux ne pas confondre les deux. Le premier est dangereux. Le second thérapeutique.

Percevoir le moment présent. Plus facile à dire qu'à faire.

Il y a deux directions où diriger son attention :

1. Dedans, à l'intérieur, c'est-à-dire vers ses pensées. Celles du passé (souvenirs), du présent (réflexion) ou du futur (projets, intentions, inquiétudes).

Ces activités mentales se regroupent sous l'appellation générale d'introversion, un mot dont les racines latines signifient "tourné vers l'intérieur". On peut aussi dire introspection, un terme qui a pratiquement le même sens, à ce détail près que son étymologie exprime l'idée de "regarder à l'intérieur".

Quand on dit "l'intérieur", on parle de l'intérieur de soi. Soi étant ici sa conscience, son esprit.

2. L'autre attitude, c'est de porter son attention dehors, à l'extérieur, là où se trouvent les objets, les choses, l'environnement, et même les autres êtres vivants, le si bien nommé entourage. Dans ce cas, l'observateur est extraverti, c'est-à-dire tourné vers "l'extérieur", ce décor où se joue le théâtre de la vie.

La proportion "introversion/extraversion" varie d'un individu à l'autre, mais elle peut aussi fluctuer chez la même personne selon les moments : heures, jours, mois, années.

Sauf exception, les jeunes enfants sont extravertis. En prenant de l'âge, cette capacité de regarder la vie tend à diminuer.

Observez les gens autour de vous… il n'est pas difficile de voir que plus une personne est heureuse, plus elle est extravertie.

La réciproque est aussi vraie : ruminer, ressasser, s'inquiéter, réfléchir à des problèmes, on ne peut pas dire que ce soit la recette du bonheur.


Un bug dans la machine à penser

La principale cause d'introspection (introversion) est un facteur dont j'ai parlé dans l'article précédent : la contrevérité.

Sous toutes leurs formes :
  • Celles que d'autres personnes vous transmettent.
  • Celles que vous communiquez à d'autres.
  • Les contrevérités des autres personnes entre elles.
  • Et, peut-être le pire de tous, celui que vous vous infligez involontairement à vous-même
Nous ne sommes pas concernés ici par les considérations morales du phénomène, mais plutôt son aspect pratique. Une contrevérité est une information fausse.

Que cette donnée soit transmise intentionnellement ou par ignorance, le résultat est le même.

Essayez de résoudre un problème à partir d'informations erronées sur un plan personnel, dans un couple, une famille ou au travail, et vous allez vous arracher les cheveux.

Autrement dit, votre esprit va tourner en rond à essayer de calculer combien font 2 + 2, alors qu'il s'agit de 2 pommes et 2 poires. Dans ses efforts pour tenter de résoudre ce calcul impossible, votre attention restera fixée vers l'intérieur.

À la longue, cela peut devenir une habitude dont il est difficile de s'extraire.


Mystère et boule de cristal

L'autre cause d'introversion (introspection) est le mystère.

Le mystère est en quelque sorte symétrique à la contrevérité. Au lieu de détenir une information fausse, on recherche une donnée manquante, une vérité, que l'on juge cruciale pour comprendre ce qui se passe.

Dans le cas d'une situation indésirable, la personne peut croire que cette donnée est la clef d'un problème simple. Exemple : Elle a mal au pied. Elle découvre qu'il y a un caillou dans sa chaussure, ainsi elle peut le retirer. Problème résolu, fin de la douleur.

Plus une douleur est intense, plus la personne qui souffre sera frénétique dans ses efforts pour trouver la donnée mystérieuse qui lui fait défaut, tant elle désire mettre fin à ses souffrances.

Les problèmes persistants sont loin d'être aussi simples qu'un caillou dans une chaussure, car la recherche d'une cause se heurte à deux obstacles insolubles :

  • Beaucoup de situations reposent sur une accumulation de causes différentes, échelonnées sur une longue période de temps. Dans ce cas, rechercher la formule magique, le mystère exclusif, responsable unique d'une situation, est voué à l'échec.

  • Dans d'autres cas, les causes sont inconnaissables, au-delà du savoir accessible dans un domaine. Si bien que l'effort de trouver la source d'un problème est un processus interminable d'introversion qui n'aboutira jamais.

Aussi, dans son acharnement à vouloir trouver des réponses inexistantes, la personne risque de sauter sur la première réponse venue, même fausse, car pour un temps, cette "solution" freine l'emballement des cogitations et fournit un semblant de stabilité dans la confusion.

Ce soulagement est un leurre qui conférera une apparence de vérité à la dernière contrevérité adoptée par la personne, avant qu'elle ne intervertisse de plus belle quand elle réalisera que la "réponse" au problème ne l'a pas résolu.

En fait, elle l'a aggravé.

Entre contrevérités et mystères, une personne s'enlisera dans un processus croissant d'introspection, rumination, réflexion, véritable réaction en chaîne qui débouchera sur une dégradation de sa capacité de penser, de son comportement et de son bien-être.


Faire une sortie en force

Le premier remède est d'une brutale simplicité.

Puisque les contrevérités et les mystères ont généré un excès d'introversion (introspection), un regard intérieur excessif, il faut rediriger l'attention vers l'extérieur.

Ici, on oublie contrevérités et mystères, il n'est plus temps d'essayer de résoudre, raisonner ou trouver le pourquoi du comment du parce que.

L'ordinateur humain est infecté par un ou des "virus", n'essayez pas de lui faire accomplir plus de calculs, il ne fournira que des mauvaises réponses.

Éteignez-le !

Comment ?


Diriger l'attention à l'extérieur !

N'attendez pas d'en avoir "envie". Le titre ci-dessus dit bien ce qu'il veut dire : faire une sortie en force.


1. Mangez et buvez quelque chose.

Vous n'avez ni faim ni soif ? Faites-le quand même. Cela forcera votre esprit à se focaliser sur des gestes et des objets concrets. Un fruit, de l'eau, une infusion. Votre organisme ne pourra vous reprocher de lui donner quelques vitamines et de le réhydrater.

Concentrez-vous sur les saveurs, la mastication, la déglutition, la sensation d'ingérer des aliments, même si elle est inconfortable.


2. Allez faire une promenade.

Qu'il pleuve, qu'il neige, qu'il vente, c'est tant mieux. Tandis que votre attention se focalise sur les éléments naturels, elle s'extrait du sable mouvant de la réflexion stérile.

Ou bien faites du jogging, du vélo, allez à la piscine, pratiquez un sport.


3. Faites du rangement, du nettoyage.

Mettre de l'ordre autour de vous contribue à mettre de l'ordre en vous.

Vous trouvez que votre espace de vie est parfaitement propre et rangé, alors, c'est que vous êtes plus introverti(e) que vous ne le pensez. Regardez plus attentivement, cherchez dans les coins, vous trouverez sûrement un endroit à frotter, du bazar à ranger, quelque chose qui vous occupera les mains.


4. Terminez les actions remises à plus tard.

Courrier, papiers administratifs, jardinage, laver les carreaux, arroser les plantes, nettoyer la voiture, décaper le four de la cuisinière, bricolage, etc. Toutes ces tâches en attente monopolisent une partie de votre esprit sans que vous le sachiez.

Terminez-les, vous récupérerez de l'attention, plus de disponibilité d'esprit pour regarder les choses autour de vous, un surplus d'extraversion.


5. Observez les objets qui vous entourent.

Pour chaque pensée qui vous assaille et tente de vous tirer vers l'intérieur, contre-attaquez en examinant un objet en face de vous : sa couleur, sa forme, sa texture, ses différentes parties. Trouvez des détails que vous n'avez jamais remarqués auparavant.


Recommencez ces actions jour après jour. Vous pouvez aussi écouter de la musique ou regarder un film, mais je vous suggère d'éviter ceux qui font appel à la réflexion ou fournissent des sources supplémentaires d'introspection, drames psychologiques ou films intellectuels. Préférez les films d'action, les comédies, les pop-corn movies avec une fin heureuse, plutôt que ceux qui vous renverront à vos ruminations quotidiennes.

Certaines personnes vous diront qu'elles allument la télévision ou la radio parce que ça leur "évite de trop penser". C'est un réflexe naturel de survie chez quelqu'un d'introverti, mais si c'est pour tomber sur les informations et leurs litanies de mauvaises nouvelles, le résultat peut s'avérer mitigé.

Dans tous les cas, exercez-vous à tracter votre attention à l'extérieur de votre esprit. C'est une gymnastique qui musclera votre capacité de percevoir l'environnement.

Durant tout ce temps où votre attention ne se consacrait qu'à des pensées ou des souvenirs, le "muscle" de l'observation s'est atrophié. Il est temps de faire de la rééducation.


Méthode douce

Le memory coaching aide à retrouver les fausses informations enfouies dans la mémoire et les efface.

Il élimine aussi la tendance à vouloir élucider des mystères insolubles et des faux problèmes.

Paradoxalement, ce travail redonne à la personne une capacité de diriger son attention non pas sur les souvenirs passés (introversion), mais sur l'environnement présent (extraversion).

Être assailli par des souvenirs inopportuns ou des pensées parasites constitue une mauvaise mémoire.

Une bonne mémoire, c'est une mémoire qui fait ce qu'on lui demande. Lorsqu'on ne la sollicite pas, elle sait se faire discrète.

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