jeudi 7 avril 2016

Quand la matière danse avec l'esprit


Pourquoi ces théories quantiques sont-elles l'enjeu de désaccords philosophiques ? Et pourquoi provoquent-elles cette "Renaissance" idéaliste, voire spiritualiste ?

D'une part, ce que les théories quantiques tendent à démontrer, c'est que les particules comme les électrons ne sont pas localisées à un endroit précis tant qu'elles n'ont pas été observées !

Tout se passe comme si la conscience faisait apparaître la particule à un point d'observation. Comme si la perception n'était pas seulement un phénomène de réception d'une information, mais aussi de "création" de cette information.

La réalité de l'univers dépend-elle réellement du fait qu'on le perçoive ?

Des physiciens récompensés du prix Nobel ont prouvé que le monde physique est un vaste océan d'énergie qui apparaît et disparaît en une pulsation incessante, à des intervalles se mesurant en millièmes de secondes.

En dépit des apparences, rien n'est solide.

La physique quantique tend à suggérer que c'est le flux de pensée ? perception ? intention ? d'un être conscient qui constitue et maintient en cohésion ce champ d'énergie qui lui apparaît sous forme d'objets solides.

Mais alors, comment se fait-il que vous perceviez maintenant un environnement rigide, dense et opaque, plutôt qu'un amas de pulsations lumineuses, scintillantes, vibratoires ?

Considérons une bobine de film.

Un film est une succession de 24 images par seconde. Les prises de vue sont séparées par des instants de vide. Malgré cela, du fait de la vitesse avec laquelle une image remplace la précédente, nous sommes soumis à une illusion d'optique qui nous fait croire à une continuité fluide d'une même scène en mouvement.

Mais ce n'est pas la réalité !

Quand vous visionnez un film sur un écran plat, télévision ou ordinateur, utilisant la technologie LCD (Liquid Crystal Display, affichage à cristaux liquides), vous croyez voir des gens, des véhicules en mouvement, des paysages… mais ce ne sont que des cristaux liquides (groupes d'atomes organisés en structures géométriques), maintenus captifs entre deux plaques transparentes à stries perpendiculaires, bombardés d'électrons qui modifient la disposition des atomes, créant des jeux de lumière qui produisent une illusion d'évènements réels.

Le cinéma et la télévision sont des trompe-l'œil. Il en va de même avec la voix que vous entendez dans votre téléphone, produite par des impulsions électriques, lesquelles sont transmises à un électro-aimant qui vibre sur une membrane, et cette membrane percutée par l'aimant fait osciller les molécules d'air (ondes sonores).

Ces tours d'illusionnistes abondent dans la technologie, mais aussi dans la nature. Ce que nous percevons comme objets, c'est ce que nos sens veulent bien nous en dire : vue, ouïe, toucher, odorat, goût, etc.

Chacun des sens varie avec ses longueurs d'onde (distance entre deux pics d'intensité) et fréquences (nombre de ces pics d'intensité par seconde). À cause de ces différences, un chien a un odorat 10 000 fois plus développé que celui d'un humain. Un reptile perçoit des motifs lumineux qui varient avec la température de ce qui l'entoure. Ce qui lui permet de repérer les proies à sang chaud.

Nos sens perçoivent l'océan d'énergie environnant selon un point de vue très limité et ils en font une image. Elle n'est ni complète ni exacte. Ce n'est qu'une interprétation subjective (qui dépend du "sujet", personne consciente).

Toutes nos conceptions reposent sur une grille de décodage de la réalité qui nous est personnelle, d'une part, mais qui dépend aussi de la culture dans laquelle nous vivons. Notre interprétation est fonction de l'influence d'autres personnes : l'éducation que nous avons reçue, "l'information" des médias, nos lectures, etc.

Ainsi, nos pensées sont liées (entremêlées, "intriquées") à cette énergie invisible dans laquelle nous baignons et elles déterminent notre façon de percevoir ce que nous appelons abusivement la réalité.

Que ça nous plaise ou non, notre façon de voir change ce que nous voyons, pour le meilleur ou pour le pire, et le fait que nous partagions ces pensées avec d'autres personnes solidifie d'autant plus ces illusions.

Le monde qui nous entoure ne serait-il qu'une hallucination collective ?

Il y a sept ou huit siècles, les gens du Moyen Âge croyaient aux miracles, à la sorcellerie, aux démons… étaient-ils vraiment aussi stupides et naïfs qu'on le pense aujourd'hui ou bien percevaient-ils réellement ces phénomènes ?

Ces réalités d'hier ont-elles disparu aujourd'hui parce que les pensées, mentalités, ont changé ?

Regardez l'environnement. Tout ce que vous voyez dans le monde physique a commencé avec une idée, une idée qui a grandi à mesure qu'elle était partagée et communiquée, jusqu'à prendre suffisamment d'importance pour se matérialiser en un objet solide après un certain nombre d'étapes créatrices.

Et si le monde n'était que le miroir de nos esprits, lesquels nous permettraient de faire l'expérience, sur le plan physique, de ce que nous considérons comme réel… jusqu'à ce que nous le changions.

La physique quantique démontre que ce monde n'est pas aussi solide, inaltérable, qu'il paraît être. C'est un ensemble de phénomènes énergétiques fluides, créés pas notre conscience individuelle, qui gagnent en force et solidité à mesure qu'ils sont partagés par davantage d'êtres conscients.

Ce que nous considérons comme réel n'est pas LA réalité, mais une réalité parmi d'autres, et il ne tient qu'à nous d'en créer de nouvelles, pour peu que nous fassions preuve d'imagination. Ce qu'on appelle communément "avoir l'esprit ouvert".

L'idée que la réalité est une illusion, un rêve collectif, n'est pas nouvelle. Des philosophes ont professé des théories similaires, par déduction, intuition ou perception ? mais sans jamais les appuyer de ces calculs ou expérimentations si chers à l'homme moderne.

L'ironie veut que ce soit une discipline scientifique stricte qui, par le biais d'équations rigoureuses servant de base à de la technologie dernier cri, rejoigne une conception de l'univers que n'auraient pas désavouée un chaman australien, un indien cherokee, un moine bouddhiste ou un sage hindou.

Un des scientifiques de la vidéo Physique quantique disait avec humour : "Personne n'a dit que les physiciens devaient être contents de ce qu'ils découvraient."

Alors, admettons, tout n'est qu'énergie, un ensemble complexe d'illusions cohérentes solidifiées, obéissant à des lois dont nous savons peu de choses et qui sont le reflet de phénomènes de conscience qui nous échappent tout autant. Mais comme disait le physicien et philosophe David Lindley, à propos du livre du Professeur Lanza, dans l'article biocentrisme : "Tout ça est bien joli, mais ensuite ?"

Regardons si ces théories peuvent avoir une application concrète dans notre vie, autre que faire marcher les lasers, les transistors et les circuits intégrés…

Voici un extrait du Nouveau Dictionnaire de l'Impossible, de Didier Van Cauwelaert,, chapitre Émotions (le pouvoir des) :
En 2007, la sécheresse était si grave en Australie que le Premier ministre, John Howard, lança un appel solennel à la population, lui demandant de prier pour qu'il pleuve. Et dans l'intention de canaliser l'énergie mentale au service des précipitations espérées, mais aussi d'influencer le ciel en le remerciant par avance, il décréta une "Journée nationale de la pluie". Cette idée lui avait été suggérée, déclara-t-il dans la presse, par la lecture d'un livre de Gregg Braden*, expliquant comment on se connecte aux éléments de la Terre, afin d'obtenir d'eux ce que l'on souhaite. Au dire de ce physicien très "grand public", pour faire pleuvoir, il convient non pas de se lamenter sur la sécheresse, de l'accuser de tous les maux ni de s'épuiser à implorer les nuages, mais d'éprouver par anticipation l'émotion reconnaissante d'être trempé de la tête aux pieds.

Le hasard voulut que le même Gregg Braden se trouvât à cette période en tournée de conférences en Australie. Au jour fixé par le calendrier ministériel, une pluie diluvienne s'abattit sur le pays. Sydney connut ainsi les pires inondations de son histoire. […]
* Gregg Braden, (né le 28 juin 1954) est un scientifique américain, ingénieur à la NASA, géologue informaticien et auteur d'ouvrages visant à établir un pont entre science et spiritualité. Il a notamment affirmé que les émotions humaines affectent l'ADN et que la prière collective a des effets thérapeutiques physiques. En 2009, son livre Fractal Time (Le Temps Fractal) était sur la liste de best-sellers du New York Times.

Bien sûr, vous trouverez des sites Internet, comme "Gregg Braden démystifié", qui tournent en dérision ces points de vue New Age (le terme est devenu quasi péjoratif), ces méthodes Coué remises au goût du jour avec un lifting à la sauce quantique, comme Le Secret, de Ronda Byrne, ou d'autres ouvrages sur la Loi d'attraction.

Mais prenons du recul vis-à-vis de cette querelle entre sceptiques matérialistes et naïfs spiritualistes. À défaut de prouver scientifiquement que les émotions et pensées contrôlent vraiment les évènements, comme le firent des psychologues et statisticiens de l'Université de Princeton en 2007, nous pouvons toujours y appliquer le raisonnement logique.

Que savons-nous vraiment ?

– Le champ conscient d'un être vivant a une influence sur la matière, comme le comportement des particules quantiques.

– Toute matière, même la matière vivante comme notre corps, est composée de particules/ondes quantiques.

– Les émotions négatives, stress, colère, rancœur, peur, chagrin, etc. altèrent la santé d'un organisme vivant (spasmes d'anxiété, ulcères des personnes qui ruminent, troubles cardiaques des colériques, rhume où les yeux et le nez ont tendance à reproduire les pleurs, après un chagrin ou une perte, etc.) Descartes lui-même avait dit : "Lorsque l’esprit est plein de joie, cela sert beaucoup à faire que le corps se porte mieux et que les objets présents paraissent plus agréables."

– Des expériences effectuées sur l'effet placebo ont montré un pourcentage de guérison bien supérieur aux probabilités statistiques.

En bref, l'énergie de conscience, avec ses éléments indissociables que sont les émotions et les pensées, influe sur la matière physique et les organismes vivants.

Mais alors, dans ce cas, qu'en est-il de tous ces êtres dont les pensées et les émotions affirment constamment que l'esprit n'est rien et que la matière est tout ?

Si la pensée possède une réelle influence, quel est l'impact sur notre réalité collective de ces pensées qui nient le pouvoir de la pensée, de ces êtres conscients qui nient le pouvoir de la conscience ?

Considérons ces deux groupes, ceux qui pensent que l'esprit, la pensée, peut transformer la réalité. Et ceux qui pensent, à l'inverse, que l'esprit n'existe pas en tant que tel, qu'il n'est qu'un processus chimique et électrique se produisant dans le cerveau d'un animal "évolué".

Le débat n'est pas entre religion et athéisme, mais entre spiritualisme et matérialisme. Beaucoup de gens ont une conscience intuitive d'être autre chose (plus ?) qu'un corps de chair, sans adhérer à aucune religion traditionnelle.

Mais si, comme le biocentrisme quantique l'affirme, la réalité est une création collective de nos esprits, alors nous avons un réel problème, car une large portion de l'humanité (les matérialistes) s'évertue, avec le pouvoir de sa conscience, à nier le pouvoir de la conscience, et de ce fait contribue à l'annihiler, aussi paradoxal que ça puisse être, tandis que les autres (spiritualistes), essayent de faire en sorte que la conscience reprenne le contrôle de son univers.

Dans un cas comme dans l'autre, toutes ces pensées modèlent la réalité.

Qui va l'emporter ?

Quelle est la proportion actuelle de spiritualistes et de matérialistes sur cette planète ?

Enfin, si une foule croissante de gens devenaient convaincus de la réalité du biocentrisme quantique, que se passerait-il ?

Comme dans le cas des Australiens qui "éprouvent par anticipation l'émotion reconnaissante d'être trempé de la tête aux pieds" jusqu'à ce qu'il tombe des trombes d'eau en pleine sécheresse, verrait-on apparaître des phénomènes exceptionnels ? Se produirait-il une transformation de certaines situations inéluctables, désespérées, en miracles attendus ?

Au bout du compte, qu'est-ce qu'on risque d'y perdre ? Une part de notre pessimisme ? Une part de cette rigidité intellectuelle, teintée de cynisme, dénuée de rêve et de fantaisie, qui distingue l'adulte de l'enfant ?

Ça ne serait pas une grosse perte.

Quant à ce qu'on pourrait y gagner, je vous laisse l'imaginer…

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