jeudi 26 mai 2016

Retour vers le présent


Le mot anglais stress se traduit en français par “tension nerveuse” (Dictionnaire Grand Robert & Collins).

Le Petit Robert donne comme synonyme de “tension nerveuse”  : énervement.

Sur de nombreux sites médicaux ou paramédicaux, on peut lire que la tension nerveuse est causée par le stress, ce qui revient à dire que la tension nerveuse est provoquée par la tension nerveuse ou que le stress vient du stress.

Bien qu’il commande aux muscles, un nerf n’est pas un muscle. L’idée d’un nerf “tendu” est une image associée à la tension (contraction, perte d’élasticité ou souplesse) musculaire qui accompagne souvent la “tension” nerveuse ou psychologique, mais pas obligatoirement. Si bien que l’expression “tension nerveuse”, tout comme le mot “stress”, prête à confusion.

Cette confusion entre tension nerveuse et musculaire est reprise dans des expressions qui sont à prendre au sens figuré (imagé) : “les nerfs en pelote”, “les nerfs en boule”.

D’autres expressions, comme “les nerfs à vif” ou “les nerfs à fleur de peau”, sont plus exactes, car elle expriment une idée, non pas de contraction des tissus, mais d’hypersensibilité.

Les nerfs, comme expliqué dans cet article de Wikipédia, sont les fils conducteurs d’une bioélectricité, l’influx nerveux :
La fonction d’un nerf est de transmettre un signal, ou stimulus, d’un tissu à un autre, au sein d’un organisme pluricellulaire. Ce message nerveux est de nature électrique.
Le Larousse médical définit ainsi la tension nerveuse :
PATHOLOGIE, PSYCHOPATHOLOGIE. Tension nerveuse ou psychologique excessive. État d’exaspération durable et intense, accompagné de ruminations mentales pénibles, de désirs agressifs et d’angoisse, qui peut rester longtemps intérieur, malgré le besoin ressenti par le sujet de se libérer.
Ici non plus, il n’est pas question de tension mécanique des tissus, comme la tension artérielle, définie ainsi dans le dictionnaire du Centre National de Recherche Textuelle et Lexicale :
MÉDICAL, PHYSIOLOGIQUE. Tension (artérielle, vasculaire, veineuse). Tension que subissent les parois des artères et des vaisseaux et qui correspond exactement à la pression sous laquelle y circule le sang. Synonyme, “pression artérielle”.
Si on se réfère à la définition du Larousse médical, qu’est-ce qu’une “tension psychologique”  ? Prendre l’expression au pied de la lettre reviendrait à dire que l’esprit, la conscience, se contracte et perd de sa souplesse, à la façon d’un muscle. Certaines personnes s’imagineront que c’est le cerveau qui se contracte et devient rigide.

Cependant, malgré l’idée communément admise, la science n’a jamais prouvé que le cerveau était le siège de la conscience (voir article Quand la mémoire prend le large).

L’article d’Omnilogie Peut-on vivre sans cerveau ? n’est d’ailleurs pas la seule source à citer des cas de personnes dépourvues de cerveau. Le Nouveau Dictionnaire de l’impossible y a consacré un chapitre entier Cerveau (l’homme sans), dont voici un extrait :
En 2011, une équipe de médecine de l’université de l’Iowa, sous la direction de David Rudrauf, publie une étude sur la situation aberrante d’un patient nommé Roger. Aberrante, car il est normal. Et pourtant, depuis trente ans, cet homme n’a plus de cerveau. Du moins toutes les zones réputées indispensables au fonctionnement de la conscience ont-elles été détruites par une encéphalite. Pourtant, sa mémoire est intacte. Un seul souvenir lui fait défaut : les circonstances de son accident cérébral. Et il a perdu le goût. À part ça, il s’exprime normalement et il se reconnaît aussi bien dans glace que sur des photos d’enfance. Or la perception de soi-même, produit évident de la conscience, n’est absolument plus envisageable avec une telle absence de cerveau. Conclusion (timide) de l’étude médicale : “La perception de soi est un phénomène plus diffus que prévu.” En tout cas, on est loin de l’affirmation définitive du Pr Pierre Georges Cabanis, physiologiste et membre de l’Académie française au début du XIXe siècle : “Le cerveau secrète la pensée comme le foie secrète la bile.”
Donc, en cas de tension “psychologique”, si ce n’est pas les tissus du cerveau ni les neurones qui “se tendent” comme ferait un muscle, de quelle tension parle-t-on ?

Quant à la tension “nerveuse”, elle n’est pas non plus mécanique (contraction, perte d’élasticité ou souplesse). Toutes les recherches Internet sur le sujet conduisent vers des liens sur la tension musculaire ou artérielle.

Les définitions de médecine générale sont rigoureuses, précises, par exemple la “tension artérielle” est un phénomène mesurable avec un tensiomètre. Pareil pour la tension musculaire, on peut observer des changements concrets, le muscle rétrécit, gonfle et perd de sa souplesse.

Par contre, les définitions qui touchent à la psychologie sont imprécises, avec des amalgames hasardeux : “tension nerveuse” faite de “ruminations mentales”, de “désirs agressifs”, mais aussi “d’angoisse” (deux émotions qui tendent à s’exclure, l’hostilité et la peur).

Un médecin a-t-il déjà mesuré avec un appareil la tension nerveuse ou psychologique ?

La réalité, c’est que le réseau nerveux constitue un circuit électrique qui commande aux organes tels que les muscles, le cœur ou les vaisseaux sanguins. N’oublions pas qu’en électricité, la tension, c’est le voltage, c'est-à-dire le niveau de “pression” électrique.

Soit, la tension musculaire, la rigidité des tissus, articulations, tendons, etc., accompagne souvent l’énervement ou tension nerveuse, mais ces tensions restent deux phénomènes distincts. La première est une tension mécanique, comme celle des cordes de guitare ou de piano, tandis que l’énervement apparaît comme une tension électrique, c’est-à-dire un “voltage” excessif, une surcharge électrique.

Là encore, les métaphores du langage familier ne manquent pas : “péter un fusible”, “péter les plombs”, “disjoncter”, “une pile de nerfs”, “de l’électricité dans l’air”, “de l’orage dans l’air”, “survolté”…

Cette confusion entre tension musculaire, tension artérielle et tension nerveuse est d’autant plus facile à faire qu’on peut agir sur l’une pour faire baisser les autres.

Exemple : les méthodes de relaxation où la personne s’efforce de détendre ses muscles, ce qui induit une vasodilatation (les vaisseaux sanguins cessent d’être comprimés par un excès de tension musculaire), ce qui accroît leur diamètre, provoquant un ralentissement de la circulation sanguine et du rythme cardiaque.

Par contre, l’esprit utilise les nerfs pour transmettre un message à ses muscles, au moyen de l’influx nerveux (bioélectricité), en leur donnant l’ordre de se relaxer.

Donc, à la source de cette transmission, qu’est-ce qui envoie un ordre aux muscles de se détendre, via les nerfs ?

Vous, la conscience douée de volonté.

Faites cet exercice :

Crispez votre main.

Détendez-la.

Crispez-la à nouveau.

Détendez-la.

Relâchez vos épaules.

Lâchez cette souris d’ordinateur.


Qui commande à la tension musculaire ?

Dans ces conditions, pourquoi ne pas étendre sa sphère de contrôle à la tension psychologique ou nerveuse ?

Avez-vous déjà vu une personne à qui l’on disait “calme-toi” et qui le faisait ?

Ce qui reviendrait à dire qu’on peut baisser son niveau de stress par décision… si on le décide.

Parfois, on en est incapable, parce qu’il s’est produit un évènement qui alimente la surcharge électrique en permanence.

Cet évènement s’est produit, il n’est plus présent, mais il en reste un souvenir.

Donc, l’incapacité à se détendre, se relaxer ou gérer le stress, ne repose pas tant sur un manque de volonté qu’une surcharge mémorielle. Le stress présent est alimenté par les souvenirs passés, ceux d’il y a une minute, une heure, une journée, une semaine, un mois, un an, une vie…

De nos jours, des expressions comme “reste zen” sont passées dans la langage courant. Pourtant, très peu de gens savent ce qu’est le bouddhisme zen. Ceux qui pratiquent le zen, comme le zazen (zen assis) ou les arts martiaux inspirés de cette même philosophie, s’entraînent à maintenir leur attention dans le temps présent : ici et maintenant.

Comment se sent-on quand le passé n’exerce plus aucune pression (tension) sur le présent ?

Zen.

La prochaine fois que vous vous sentirez stressé(e), efforcez-vous de ramener votre attention dans le temps présent.

C’est où ça, le temps présent ?

Ici, maintenant, les choses matérielles qui vous entourent, l'espace, les murs, le sol, le plafond, les meubles, les objets :

Regardez les choses autour de vous, plus loin, plus près, à gauche, à droite, en bas, en haut…

Observez la couleur des objets, leur forme, touchez ceux qui sont près de vous, ceux plus éloignés…

 Sentez les différences de texture, de densité, de surface, lisse ou rugueuse… 

Remarquez des détails qui vous avaient échappé jusqu'à présent, une ombre, un reflet, un grain de poussière, une tache, une éraflure… 

Écoutez les bruits environnants, sont ils graves, médiums ou aigus ? 

Notez le silence entre les bruits… 

Sans rien regardez en particulier, englobez l’espace tout entier avec votre attention relâchée… 

Puis focalisez sur un point, englobez à nouveau tout l’espace, focalisez sur un autre point, englobez tout l’espace… 

Si vous en avez l'occasion, allez faire un tour et continuez cet exercice avec d’autres lieux, d’autres objets.

Faites cela jusqu’à ce que vous ressentiez une baisse de tension nerveuse, une diminution du “survoltage”.

Bon retour dans le temps présent !

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